L’amiante à l’international

En dépit de quelques timides recommandations européennes, l’amiante relève d’abord d’une gestion purement nationale. Pour le moment. Car à éplucher l’actualité internationale, on sent bien que les polémiques et les questionnements qui agitent l’Hexagone n’ont rien d’une spécificité. Ailleurs aussi, l’amiante soulève bien des questions, souvent les mêmes que chez nous.

Comment gérer l’amiante dans les écoles ? Quelles alternatives imaginer au tout enfouissement ? Comment protéger davantage les travailleurs au contact des matériaux amiantés ? Comment prévenir aussi la judiciarisation croissante autour de l’amiante ? Quelques-unes des questions qui animent aujourd’hui nombre d’Etats. Ceux qui ont pris des mesures coercitives à l’encontre du magic mineral, ceux aussi où bien que l’amiante ne soit pas (encore) prohibé, on prend peu à peu conscience des dangers liés à son utilisation.

Grâce à une sélection d’articles saisis sur le net, cette news trimestrielle a vocation à jeter un regard sur la gestion de l’amiante par-delà les frontières. Car si la France apparaît souvent comme la championne du monde de la réglementation amiante -nul autre Etat ne semble être allé aussi loin-, cette revue de presse internationale illustre aussi une réflexion sur le sujet avec des solutions techniques ou réglementaires qui émergent ailleurs aussi.

DOSSIER : L’amiante dans les écoles, mobilisation internationale

L’amiante dans les écoles est devenu un marronnier, un de ces sujets qui fleurit régulièrement dans la presse. En France, plusieurs rapports ont ainsi montré la large méconnaissance de l’état du parc immobilier scolaire, avec bon nombre de DTA non mis à jour, voire non réalisés.

La situation n’est pas propre à la France, ailleurs dans le monde, l’amiante des écoles préoccupe aussi la communauté éducative et les parents d’élèves. Qu’importe qu’un matériau amianté ne présente pas de danger lorsqu’il demeure en bon état et qu’on n’y touche pas, face à la pression croissante et constante, des états ou des régions réfléchissent de plus en plus à de véritables stratégies de désamiantage.

A Philadelphie, un milliard de dollars contre le plomb et l’amiante

Même si l’amiante n’est pas formellement interdit outre-Atlantique, la conscience de ses dangers est bien réelle. En témoigne la mobilisation de la Fédération des enseignants de Philadelphie.

En février, les enseignants ont interpellé, pour la deuxième fois, le gouverneur de Pennsylvanie pour réclamer « l’état d’urgence pour lutter contre le problème croissant de l’amiante ». Cette mobilisation fait suite à la fermeture de 10 écoles à travers la ville au cours des derniers mois, toujours à cause de l’amiante.

En réponse, l’Etat de Pennsylvanie a déjà proposé début février « un plan d’un milliard de dollars pour la dépollution du plomb et de l’amiante » à la fois pour les écoles, les garderies, les maisons et les réseaux publics d’eau. Effet d’annonce ? Les enseignants entendent veiller à la bonne application de ce plan et réclament davantage encore avec la mobilisation de fonds spéciaux pour les écoles.

Source : Fox29

Aux Baléares (Espagne), l’amiante éradiqué des écoles en 2025

L’objectif est ambitieux, toutes les écoles et les bâtiments publics de l’archipel doivent être débarrassés de l’amiante avant 2025. La communauté autonome a approuvé un schéma directeur de gestion des déchets dangereux sur les îles qui comprend notamment l’éradication de l’amiante. Suite à la mobilisation de la communauté éducative depuis plusieurs années, un plan de retrait progressif de l’amiante dans les écoles existe déjà.

Autre archipel espagnol, même volonté d’en finir avec l’amiante. Aux Iles Canaries, là aussi on ignore la liste exacte des écoles qui renferment encore de l’amiante en dépit de la pression des parents d’élèves depuis plusieurs années. Mais la prévention avance. Début février, le ministre de l’Éducation, María José Guerra a promis de lancer dès l’été 2020, des actions visant à éliminer l’amiante des écoles de l’archipel.

Source : Cadenaser & Fuerteventuradigital.net

Au Royaume-Uni, une lettre ouverte au Chancelier de l’Echiquier

Le Covid-19 ne doit pas freiner la lutte contre l’amiante. Le 1er avril, le think tank ResPublica s’est fendu d’une lettre ouverte adressée à Rishi Sunak, chancelier de l’Échiquier (ministre du Trésor) pour réclamer « une action urgente » afin de retirer l’amiante des écoles et des hôpitaux qui renferment encore très souvent de l’amiante : 80 % des écoles et 94 % des hôpitaux, rappelle la lettre. « En conséquence, les enseignants et les infirmières sont 3 à 5 fois plus susceptibles que la moyenne de développer le mésothéliome (…).  Les maladies liées à l’amiante sont le plus grand tueur professionnel au Royaume-Uni, responsable de plus de 5 000 décès par an, passant à 10 000 si l’on ajoute les décès des personnes de plus de 75 ans aux chiffres officiels du HSE (Health and Safety Executive). »

Parmi les mesures, ResPublica réclame un plan d’urgence avec une priorisation des chantiers à mener, et une réorientation d’une partie du fonds d’un milliard de livres sterling déjà annoncé pour l’enlèvement de matériaux dangereux du domaine public britannique, afin de favoriser des analyses coûts-avantages de l’enlèvement progressif de l’amiante des écoles. Le think tank réclame également « une étude approfondie (…) pour établir une mesure précise des fibres d’amiante ambiantes dans les écoles et les hôpitaux, alors que ces bâtiments sont en service ».

Pour ResPublica, « La pandémie de COVID-19 exercera une pression extrême sur les bâtiments du NHS Trust alors que le nombre d’admissions à l’hôpital augmentera au cours des prochains mois.  Une telle activité accrue dans ces bâtiments entraînera inévitablement des niveaux inhabituels de perturbation de l’amiante, mettant davantage de vies en danger. »

Source : https://www.airtightonasbestos.uk/post/an-open-letter-to-rishi-sunak-chancellor-of-the-exchequer

Contrepied : démolir rapidement, pour minimiser le risque sanitaire

Désamianter coûte cher, quelle que soit la réglementation nationale en vigueur. Ce qui freine du coup les opérations de démolition.

Des chercheurs de l’université du Michigan se sont penchés sur le sujet avec une étude portant sur 25 démolitions urgentes à Détroit. Vingt-cinq habitations pour lesquelles les inspecteurs n’ont pu pénétrer à l’intérieur, afin de rechercher et retirer l’amiante en toute sécurité. Sur 101 échantillons d’air analysés, 54 ont montré une «quantité mesurable de poussière de toute nature», et contre toute attente, de l’amiante en très faible quantité dans seulement deux maisons.

Sachant que le coût d’une démolition représente en moyenne 12 000 dollars dont un tiers consacré au retrait de l’amiante, « l’étude suggère que de l’argent pourrait plutôt être dépensé pour démolir davantage de maisons ». Dans une ville où 90% du parc de logements a été construit avant 1978, et où l’amiante a considérablement été employé, l’enjeu est considérable. Les chercheurs considèrent pourtant que « les économies de coûts et les avantages pour la sécurité publique d’une démolition rapide de maisons vacantes dangereuses à Détroit pourraient l’emporter sur le risque d’exposition à l’amiante pour les habitants des quartiers ».

Source : https://theusposts.com/study-little-asbestos-found-after-detroit-house-demolitions/

A travers le monde

La semaine internationale de l’amiante occultée par le Covid-19

Depuis 15 ans, la première semaine d’avril est dédiée à la sensibilisation de l’amiante ; un moment privilégié pour les défenseurs, les scientifiques, les médecins, les victimes et leurs familles pour se réunir pour partager de nouvelles connaissances, et planifier les futurs efforts. Cette année le rendez-vous aura été occulté par le Covid-19, avec notamment le report de la conférence internationale annuelle de sensibilisation et de prévention de l’amiante organisée par l’Asbestos Disease Awareness Organisation (ADAO).

L’association milite ardemment pour une interdiction de l’amiante outre-Atlantique, alors qu’en 2018 les importations américaines d’amiante brut ont encore augmenté. Selon l’Environmental Working Group (EWG), association à but non lucratif, 12 000 à 15 000 Américains meurent chaque année d’une maladie liée à l’amiante. Une autre étude annoncée par l’ADAO place le bilan annuel des décès à près de 40000 Américains, ce qui placerait l’amiante à la portée des 10 principales causes de décès en Amérique, juste après les maladies rénales et la grippe.

Source :  Sokolove Law

En Floride, la réglementation protège désormais les pompiers de l’amiante

La Floride a récemment adopté une réglementation visant à mieux protéger ses pompiers contre les cancérigènes, amiante compris. Les soldats du feu disposeront de subventions pour l’achat de fournitures et d’équipement de décontamination, et bénéficieront d’une formation supplémentaire pour prévenir l’exposition aux polluants dangereux.

Selon cet article, les pompiers courent un risque 14% plus élevé de mourir d’un cancer que le grand public, en raison des fortes concentrations de fibres minérales toxiques et des sous-produits de combustion libérés lors d’un incendie. Ils sont également 2,29 fois plus susceptibles de développer un mésothéliome que la population générale.

Source : https://www.asbestos.com/news/2020/03/30/florida-legislation-firefighters-cancer/

France/Brésil : après le Clemenceau, le Foch

L’histoire va-t-elle bégayer ? Quinze ans après la polémique du Clemenceau, son sistership, le Foch vendu au Brésil en 2000 et rebaptisé en Sao Paulo s’achemine à son tour vers un démantèlement. Et comme son jumeau, le porte-avion est truffé de polluants divers et variés : quelque 900 tonnes d’amiante, des centaines de tonnes de matériaux contenant des PCB et de grandes quantités de métaux lourds, selon les estimations.

Craignant que la raison économique ne l’emporte et que ce géant des mers n’échoue en Asie du sud pour un démantèlement moins onéreux, plusieurs associations internationales ont d’ores et déjà interpellé les autorités françaises et brésiliennes. En cause ? Une clause soulevée par la chercheuse française Annie Thebaud-Mony : « La clause contractuelle de la vente du Foch au Brésil donne à la France le dernier mot sur le démantèlement du porte-avions. Les autorités françaises doivent diriger le sistership du Clemenceau vers une installation approuvée par l’UE – tout le reste serait un scandale ».

Royaume-Uni : de l’amiante dans les bâtiments, même après son interdiction

A quelle date se fier ? En théorie, le Royaume-Uni a interdit l’amiante chrysotile en 1999. En théorie… Car en pratique, les experts ont constaté que l’amiante se retrouvait aussi dans des bâtiments édifiés après 2000. La faute à différentes dérogations permettant l’utilisation du chrysotile jusque 2005. Les stocks de matériaux amiantés ont ainsi pu être utilisés encore après l’interdiction. Autre difficulté, la réutilisation de matériels amiantés : dans une nouvelle usine, par exemple, de l’amiante a été découvert dans les fours transférés depuis l’ancien site. Moralité, même dans un bâtiment édifié après 2000, la vigilance reste nécessaire.

Source : https://www.pbctoday.co.uk/news/health-safety-news/asbestos-guide/71649/

Turquie : neuf ans après l’interdiction, la menace amiante reste bien réelle

Selon la Chambre turque des ingénieurs géologues, l’amiante continue à circuler dans le pays en dépit de son interdiction. La loi n’est pas correctement appliquée, puisque le minerai reste utilisé dans des secteurs comme la construction, le textile , l’aviation ou l’automobile. Les géologues relèvent ainsi différentes failles dans la législation nationale avec des procédures de démolition non appliquées, et des bâtiments qui continuent à petre édifiés sur des terrains amiantifères. « Les interdictions d’amiante ne suffisent pas à protéger le bien-être du public, de l’environnement ou des travailleurs. Des mesures préventives et protectrices doivent être prises contre le risque amiante auquel nous sommes quotidiennement confrontés », plaident les géologues.

Brésil : Eternit veut redémarrer l’exploitation de mines

Mi-février, Eternit S.A. a annoncé la reprise de l’exploitation de la mine d’amiante afin d’extraire et exporter 24 000 tonnes d’amiante. La Cour suprême du travail (STF) aussitôt été saisie. Elle devra se prononcer sur l’inconstitutionnalité d’une loi de l’État de Goiás votée en 2019 quand deux ans plus tôt un arrêt de la cour avait interdit la production, la vente et l’utilisation de matériaux à base d’amiante .

Insolite : Canada : et si on renommait la ville d’Asbestos ?

La mine Jeffrey a fermé en 2012, mais Asbestos reste volontiers stigmatisée. La commune de 7000 âmes située au sud-ouest du Québec veut désormais tourner la page. Quitte à changer de nom pour tenter de faire oublier ce douloureux passé, alors que quelque 50 millions de dollars canadiens ont été investis par le gouvernement du Québec en 2012, afin de diversifier l’activité de la ville. Plusieurs suggestions ont d’ores et déjà été effectuées, un vote devait trancher la nouvelle identité en avril, mais le calendrier a pris du retard en raison du Covid-19.

Source : La Presse